Lugan Archives - Secours de France https://www.secoursdefrance.com/tag/lugan/ Aider ceux qui ont tant donné à la France Mon, 14 Nov 2016 15:06:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://www.secoursdefrance.com/wp-content/uploads/2024/05/cropped-Secours-de-France-Favicon-01-32x32.png Lugan Archives - Secours de France https://www.secoursdefrance.com/tag/lugan/ 32 32 Mali : Barkhane dans la tourmente Malienne https://www.secoursdefrance.com/mali-barkhane-dans-la-tourmente-malienne/ Mon, 14 Nov 2016 15:06:45 +0000 http://p4284.phpnet.org/secoursdefrance/?p=321 Notre ami Bernard Lugan nous livre ses réflexions sur « Barkhane » et sur les forces qui s’opposent dans ce qui était le Mali.

 » La situation sécuritaire du Mali se détériore chaque jour un peu plus : les garnisons de l’impuissante armée malienne sont attaquées, des véhicules militaires français sautent sur des mines, quant à la Minusma, elle est évanescente. Le pays est en phase de parcellisation et même d’émiettement ethnique et tribal, tant au nord qu’au sud. Régionalement, l’insécurité touche désormais le Niger et le Burkina Faso, avec un glissement depuis la zone sahélienne vers la zone soudanienne. Pour le moment le Tchad est encore un solide pivot mais le Cameroun va entrer dans une période de turbulences provoquée par les futures échéances électorales.

Légitimés par le scrutin ethno-mathématique de 2013, les responsables politiques maliens ont refusé de prendre véritablement en compte les revendications nordistes. Rien d’étonnant à cela, car leurs ennemis sont moins les jihadistes que pourchassent les forces françaises, que les « séparatistes » touareg. Ayant échoué à faire reconnaître leurs revendications, ces derniers se sont divisés, ce qui ajoute encore aux incertitudes. D’autant plus qu’ils reprochent désormais à la France de les avoir trahis après qu’elle les ait utilisés contre les jihadistes en échange de la promesse de son appui politique auprès des autorités de Bamako.

Le Mali étant donc plus que jamais à la veille de se défaire, et nos « alliés » touareg commençant à se retourner, la situation de Barkhane risque donc de devenir compliquée. C’est pourquoi il est temps de regarder la situation clairement en face à travers trois grandes questions :

1) Le jihadisme est-il le problème principal ? N’est-il pas plutôt un « ennemi de confort » nous interdisant de voir que nous sommes d’abord en présence d’un conflit ethno-racial sur lequel les islamistes se greffent avec opportunisme ?
2) Ce que nous baptisons « trafic » à travers notre lecture européo centrée est considéré dans toute la région comme la continuation moderne du commerce traditionnel. Il fait vivre les populations à travers des routes trans-ethniques millénaires. Nous y attaquer multipliera nos adversaires et fragilisera nos axes de communication car tous les groupes armés sont impliqués à des degrés divers dans cette activité.
3) Avons-nous les moyens d’assurer la paix au Sahel, objectif passant en réalité par une sorte de recolonisation puisque, en plus de garantir la sécurité, il nous faut y reconstruire les Etats, les armées et l’administration ?

Le Mali subit deux guerres elles-mêmes subdivisées en de multiples conflits locaux. L’une oppose les Touareg entre eux et certains Touareg à certains Arabes. L’autre concerne les populations sudistes dont les Bambara, les Dogon et les Peul.

Au nord, la fragmentation consubstantielle aux Touareg est à base clanique. Après une phase d’unité autour du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), l’actuel délitement s’explique largement par la volonté de contrôler les routes du trafic qui passent par le nord du Mali. Divisés, les Touareg du MNLA sont aujourd’hui quasiment assiégés à Kidal, leur bastion, par le GATIA (Groupe d’auto défense touareg Imghad et alliés) dirigé par le colonel Ag Gamou, principal allié local des autorités de Bamako. Conscientes que leur armée ne parviendrait pas à le vaincre, ces dernières ont en effet décidé de combattre le MNLA à travers les milices du GATIA associées au MAA (Mouvement arabe de l’Azawad).

Parmi les milices et organisations ethno-tribales nordistes nous devons distinguer celles qui dépendent des Touareg ifora comme le MNLA, le HCUA (Haut conseil pour l’unité de l’Azawad et la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad).
Parmi celles qui sont les bras armés des autres tribus, nous pouvons identifier le FPA (Front populaire de l’Azawad) qui est le mouvement des Chamanamass, le CJA (Congrès pour la justice dans l’Azawad), émanation des Touareg Kel Ansar et le MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad) qui regroupe les Touareg Dawssahak.

Après le nord qui a échappé à l’Etat malien, c’est le centre du pays, l’ancien Macina historique, qui est aujourd’hui en quasi sécession. La région est en partie composée du delta intérieur du Niger, immense zone inondée plusieurs mois de l’année. Ses fertiles terres exondées sont convoitées à la fois par les agriculteurs dogon, songhay ou bambara, ainsi que par les éleveurs peul. Les milices ou groupes ethno-tribaux sudistes sont le FLM (Front de libération du Macina), mouvement peul jihadiste, le MDP (Mouvement pour la défense de la patrie), un mouvement armé peul que Bamako tente d’utiliser contre le FLM, ainsi que les groupes d’auto-défense bambara et dogon aux structures imprécises.
Dans cette partie du Mali, les attaques se multiplient. Sont-elles le fait de jihadistes ou de simples « coupeurs de route » ? La question mérite d’être posée car le recrutement de certains Peul par les jihadistes est favorisé par une problématique locale, des individus marginalisés voyant dans l’islam jihadiste le moyen d’une revanche contre les aristocraties dominantes. Plus qu’un phénomène jihadiste, nous sommes ici d’abord face à une révolte des « petits » peul voulant l’abolition des droits fonciers traditionnels. Plus clairement, nous sommes en présence d’une forme d’une jacquerie à habillage religieux, d’un conflit entre Peul transhumants et Peul sédentarisés, les premiers contestant les droits fonciers des seconds. A cela, s’ajoute la question globale de la rivalité des agriculteurs et des pasteurs.

Tant au nord qu’au sud, comment Barkhane pourrait-elle s’adapter à ces problématiques millénaires alors que ses cadres n’ont reçu aucune formation en la matière et que les seuls véritables enseignements africanistes ont été supprimés, à la fois de Coëtquidan et de l’Ecole de Guerre, par oukase du cabinet civil du ministre de la Défense ?

Face à la grande complexité des réalités maliennes, l’erreur française fut double :

1) En 2013, il aurait fallu subordonner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval à la reconnaissance par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale, ce qui n’a pas été fait.
2) Au lieu de cela, après avoir chassé les jihadistes du nord Mali et permis aux Touareg du MNLA de reprendre possession de la région de Kidal, Paris a imposé l’aberrante solution électorale. Or, l’ethno-mathématique a automatiquement donné la victoire aux plus nombreux, c’est à dire aux sudistes, ce qui a « démocratiquement » délégitimé la revendication touareg.

Cette erreur politique s’explique parce que les élites dirigeantes françaises s’obstinent à vouloir imposer l’utopique « vivre ensemble » qui revient à ordonner à des nomades berbères ou arabes de se soumettre au bon vouloir d’agriculteurs noirs sédentaires que leurs ancêtres razzièrent durant des millénaires…

La situation politique étant figée et le contexte sécuritaire s’obscurcissant, Barkhane est donc condamnée à rester avec tous les risques d’enlisement qui se profilent. Pour nos Forces, la priorité va donc être de tenter de les limiter, ce qui passe par la permanence sur zone de certaines unités spécialisées. Dans l’avenir, leurs cadres devront parler les langues locales et ils devront être formés à l’ethno-histoire régionale. Cette formation du type de celle des anciennes « Affaires indigènes » devra se faire très tôt, dès Coëtquidan, où certains enseignements académiques datés pourraient être utilement « délestés » au profit de ce cursus prioritaire.
Il faudra attendre le mois de mai 2017, donc après le départ des idéologues civils qui ont vidé le ministère de la Défense de sa substance, pour que de telles réformes essentielles – du moins si la France désire encore jouer un rôle en Afrique -, puissent enfin être proposées. »

Cet article est réservé aux abonnés de « L’Afrique Réelle », mensuel édité par le Professeur Bernard Lugan et auquel vous pouvez vous abonner: http://bernardlugan.blogspot.fr/

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« Sangaris »: la France plie les gaules https://www.secoursdefrance.com/sangaris-la-france-plie-les-gaules/ Tue, 08 Nov 2016 11:22:12 +0000 http://p4284.phpnet.org/secoursdefrance/?p=194 Nouveau qualificatif pour l’action de notre Président: La gesticulation!

Qualificatif bien illustré par la campagne en République Centre Africaine où notre armée a été utilisée sans objectif clair et sans moyen.

Lire à ce sujet les explications de notre ami Bernard Lugan:

« Le dimanche 30 octobre 2016, la France a mis un terme à l’Opération Sangaris lancée au mois de décembre 2013 pour mettre fin aux massacres commis par la Séléka[1]. Aujourd’hui, le chaos centrafricain n’a pas cessé et le pays est largement aux mains de cette même Séléka et de ses divers chefs de guerre, souvent des Soudanais. L’échec est donc total[2] et il doit être imputé aux dirigeants politiques français qui ont constamment donné aux militaires des ordres aberrants.  Rappel des faits et exposé des responsabilités socialistes.

Dans le dossier de la RCA, François Hollande a constamment tergiversé et accumulé les erreurs

1) La première date de la fin de l’année 2012 (voir mes communiqués de l’époque) quand, avec peu de moyens, il eut été possible de « traiter » rapidement et efficacement les coupeurs de route de la Séléka. Mais, harcelé par le Quai d’Orsay, François Hollande hésita.

2) Au mois de mars 2013, alors que tous les connaisseurs du pays le pressaient d’agir, il laissa la Séléka prendre Bangui. La Centrafrique sombra alors dans le chaos cependant que les chrétiens – 95% de la population de souche -, étaient persécutés.

3) Début 2014, face au désastre humanitaire dont ses hésitations étaient la cause, François Hollande décida finalement d’intervenir mais en précisant toutefois que l’entrée en scène des forces françaises n’avait pas de but militaire…  Nos troupes ne reçurent donc pas d’ordres clairs puisque ni l’ « ami », ni l’ « ennemi » ne furent désignés, Paris demandant simplement à nos soldats de jouer les « bons samaritains ». Pour cette intervention, nos forces n’ont donc pas eu d’objectif clair. Entre l’humanitaire et le désarmement des milices, quelle fut leur mission? On l’ignore toujours…

4) Le déploiement de notre contingent se fit d’une manière totalement contraire à toute tactique militaire cohérente. Alors que l’objectif militaire prioritaire aurait en effet dû être le verrou de Birao dans l’extrême nord du pays[3] afin de couper la Séléka de sa base soudanaise, il fut au contraire décidé d’enliser les forces françaises à Bangui dans une mission d’interposition relevant de la gendarmerie mobile. L’intérieur de la Centrafrique fut donc laissé à la Séléka qui eut tout le loisir d’y poursuivre ses massacres. L’actuelle situation catastrophique est clairement la conséquence de ce choix militairement incompréhensible. Ce dernier s’explique probablement parce qu’il ne fallait pas « choquer » l’opinion musulmane en paraissant intervenir aux côtés des chrétiens…

5) Dès le début de l’Opération Sangaris, au lieu de leur demander de détruire  les bandes de laSéléka, Paris ordonna donc à nos soldats de simplement séparer agresseurs et agressés, bourreaux et victimes. Alors qu’il fallait leur donner les moyens de sidérer l’adversaire et de saturer l’objectif, les chiches moyens alloués à nos troupes ne leur permirent que de lancer des patrouilles, non de quadriller et de tenir le terrain. Comment prétendre en effet rétablir la paix dans un pays plus vaste que la France avec seulement 1600 hommes dont plusieurs centaines affectés à la seule garde de l’aéroport ? L’impression d’impuissance fut accentuée par le fait qu’à Bangui, au lieu d’être désarmée, la Séléka voulut bien accepter d’être cantonnée…en conservant ses armes et en gardant ses gains territoriaux à travers le pays.

6) Alors que la solution était d’abord militaire, le Quai d’Orsay ne cessa d’affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers le mirage électoral de 2016. Or, le président Faustin-Archange Touadéra a naturellement été incapable de reconstituer un « Etat » centrafricain, lequel n’a d’ailleurs jamais existé; sauf peut-être à l’époque de Bokassa.

Aujourd’hui, les massacres sont quotidiens et le pays est coupé en deux. Aucun administrateur sudiste n’ose en effet s’aventurer dans le nord où il s’y ferait massacrer, cependant que les fonctionnaires nordistes ne sont guère volontaires pour venir se faire lyncher à Bangui… Quant aux bandes de la Séléka et à leurs diverticules, elles tiennent plus de la moitié du pays.
Les malheureuses populations occupées sont ainsi revenues aux temps des raids à esclaves lancés depuis le Soudan et dont leurs grands-parents avaient été délivrés par la colonisation. Elles avaient naïvement cru que les troupes françaises étaient venues pour les libérer. Leur amertume est donc grande car l’Elysée n’avait en réalité décidé qu’une gesticulation humanitaire sous habillage militaire. »

Bernard Lugan
30/10/2016

[1] « La Séléka, une nébuleuse criminelle (…) une internationale criminelle organisée et prospère ». Rapport de la fédération internationale des droits de l’homme du mois de septembre 2013 intitulé « RCA : un pays aux mains des criminels de guerre de la Séléka ».
[2] Je l’avais annoncé et même décrit. Voir à ce sujet les numéros de l’Afrique Réelle et mes communiqués des années 2013-2015.
[3] Cette position clé avait été évacuée le 30 mars 2010 sur ordre du président Sarkozy.

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Pour éclairer l’article de Sellami Mourad et la position de la France https://www.secoursdefrance.com/pour-eclairer-larticle-de-sellami-mourad-et-la-position-de-la-france/ Fri, 28 Oct 2016 22:54:12 +0000 http://p4284.phpnet.org/secoursdefrance/?p=40 Le Professeur Bernard Lugan nous donne une claire explication de ce qui se passe en Libye et éclaire la position de la France à la lumière de nos soldats engagés sur ce théâtre d’opérations au côtés du général Khalifa Haftar.

Communiqué de Bernard Lugan strictement réservé aux abonnés de l’Afrique Réelle

« Le 17 juillet, près de Benghazi, la mort en service commandé de trois militaires français engagés dans une opération d’instruction-conseil auprès des forces du général Haftar démontre qu’en Libye et dans la sous-région, les intérêts de la France ne sont pas ceux de l’Union européenne. Cette dernière est arc-boutée sur l’illusion d’une réconciliation nationale autour du Gouvernement libyen d’Unité nationale (le GLUN) installé en Tripolitaine. Tout au contraire, en Cyrénaïque, Paris aide le général Haftar à combattre les islamistes alliés aux vrais maîtres de ce même GLUN. La réalpolitique reposant sur les intérêts diplomatiques séculaires de la France est donc en contradiction avec les postures idéologiques de l’ectoplasme bruxellois. Entre son soutien officiel au GLUN et son appui militaire au général Haftar, la France pratique donc le grand écart. Le résultat de cette position inconfortable est que le GLUN l’accuse de « violer » son territoire national quand l’UE lui reproche d’affaiblir ce même GLUN en engageant ses forces aux côtés du général Haftar.
Explication :
Ne nous cachons pas derrière les mots : l’UE – ainsi que la communauté internationale-, joue la carte des Frères musulmans de Misrata et des islamistes de Tripoli. De son côté, Paris se tient aux côtés du général Khalifa Haftar et de ses alliés Egyptiens et Emiratis. Le général qui dispose de la seule véritable force militaire du pays est soutenu par l’alliance tribale de Cyrénaïque et par les tribus kadhafistes de Tripolitaine dont les Kadafdha, les Magarha et les Warfalla.
Créé le 19 janvier 2016 et présidé par  Fayez el-Sarraj, le GLUN, fruit du mariage arrangé entre un bricolage onusien et un marchandage libyen, a pour ennemi principal, non pas l’Etat islamique, mais le général Haftar. Tout ce qui renforce ce dernier dérange donc un organisme contrôlé par les islamistes, dont ceux d’Abdelhamid Belhadj chef du GICL (Groupe islamiste de combat de la Libye), et par les Frères musulmans de Misrata.
Derrière le GLUN d’une part et derrière le général Haftar d’autre part, deux alliances s’opposent. Le premier est soutenu par la Turquie, le Qatar, les Occidentaux et l’UE ; le second l’est par l’Egypte, les Emirats arabes unis et de plus en plus clairement par l’Arabie Saoudite.
Bien qu’il ne faille pas le sous-estimer, le danger principal n’est plus l’EI. Les causes de son échec en Libye sont connues et j’ai développé ce point dans mon communiqué en date du 12 juin 2016. En résumé, si en Irak et en Syrie, l’EI a bénéficié de l’opposition entre chiites et sunnites, rien de tel n’existe en Libye où tous les musulmans sont sunnites. De plus, en Libye, il n’existe pas de base arrière turque et la définition tribale du pays est un obstacle au califat universel prôné par l’EI. Quant aux fortes identités de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine, elles ont rendu impossible la greffe d’un mouvement composé majoritairement d’étrangers. Voilà pourquoi l’EI s’est finalement trouvé pris au piège sur un territoire d’à peine 12.000 kilomètres carrés autour de Syrte et d’une poignée de villages.
Les principaux protagonistes sont donc aujourd’hui ailleurs qu’à Syrte. Sur le terrain, la Libye est ainsi coupée en trois ensembles :
– En Cyrénaïque, le général Khalifa Haftar dispose, non pas de milices disparates, mais d’une force militaire « organisée » car formée à partir du noyau survivant de l’ancienne armée libyenne. En février dernier, appuyées par l’Egypte et les Emirats arabes unis, ses forces ont avancé, réduisant les fiefs islamistes de Benghazi devenus autant d’isolats. Ce sont ces derniers qu’il tente actuellement de traiter. Qu’il s’agisse de la Brigade de défense de Benghazi, de la Chambre des opérations pour la libération d’Ajdabiya, du  Conseil de la Choura révolutionnaire de Benghazi ou des diverses fractions islamistes de Derna, tous ces groupuscules surarmés sont soutenus à la fois par les Frères musulmans de Misrata, par les salafistes de Tripoli et par Al Qaïda.
– En Tripolitaine, les milices de Misrata (Frères musulmans) et les salafistes de Tripoli armés par le Qatar et par la Turquie, ont pour principaux adversaires les milices de Zenten et les tribus alliées au général Haftar.
– Au Fezzan, Touareg et Toubou font partie de deux alliances commercialo-politiques opposées ; les seconds sont aux côtés du général Haftar quand les premiers se sont alliés aux milices de Misrata et de Tripoli.

En décidant d’aider le général Haftar, la France a fait un bon choix car, appuyé militairement, ce dernier est en mesure de prendre le contrôle de la Cyrénaïque et de son pétrole. Cependant, une Cyrénaïque réunifiée et débarrassée des islamistes n’acceptera pas la fiction d’un Etat libyen dominé par une Tripolitaine islamiste. En aidant le général Haftar, Paris prend donc l’exact contre-pied de l’UE et de l’ONU dont la diplomatie a pour finalité la fiction d’une Libye unifiée autour d’un seul gouvernement. La France doit donc garder le cap et demeurer ferme face à l’UE et aux pressions internationales. Tout ce qui affaiblirait le général Haftar favoriserait en effet  les salafistes et les Frères musulmans et constituerait un danger pour l’Egypte, fragile facteur d’ordre dans la sous-région. »

Bernard Lugan
25/07/2016

[1] L’intervention française devant être « discrète », c’est à bord d’hélicoptères libyens que nos militaires agissent alors qu’ils disposent d’appareils français fiables et équipés de contre-mesures.
[2] Pour tout ce qui concerne la question libyenne, voir mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours.

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Des nouvelles du Mali : …mauvaises https://www.secoursdefrance.com/14-2/ Fri, 28 Oct 2016 22:07:54 +0000 http://p4284.phpnet.org/secoursdefrance/?p=14 Nous n’entendons guère parler du Mali sur nos antennes d’informations 24/24 et 7/7 ni dans nos journaux et magazines et pourtant…

Comme à l’ordinaire, nous devons à notre ami le Professeur Bernard Lugan de connaître l’imbroglio malien et ce n’est pourtant pas facile de s’y retrouver.

« Un an après les « accords d’Alger » qui devaient acter la réconciliation entre les belligérants maliens, un peu plus de trois ans après des élections qui devaient faire couler le lait et le miel du consensus démocratique, le Mali est plus que jamais à la veille d’exploser. Or, ce n’est pas une guerre de religion qui le menace, l’islamisme n’y étant que la surinfection d’une plaie ethnique, mais un conflit ethno-racial sur lequel les trafiquants de toutes sortes ainsi que les islamistes se greffent avec opportunisme.

Le Mali subit deux guerres. L’une entre Touareg, l’autre entre Bambara-Dogon et Peul.

La première déchire le monde touareg. Elle oppose les « nobles » Iforas composant le noyau dur du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), à leurs anciens tributaires Imghad du GATIA (Groupe d’auto défense touareg Imghad et alliés) dirigés par le colonel Ag Gamou.
Le MNLA est divisé en de multiples courants et dissidences. A preuve, la création à Ménaka, du MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad). Cette fragmentation, consubstantielle aux Touareg, est certes à base clanique, mais elle s’explique également par la volonté de contrôler les routes de la drogue qui passent par le nord du Mali.
Divisés, les Touareg du MNLA sont aujourd’hui quasiment assiégés à Kidal, leur bastion, par le GATIA qui est armé et soutenu par Bamako. Conscientes que leur armée ne parviendrait pas à vaincre le MNLA, les autorités maliennes ont en effet décidé de combattre ce dernier à travers les  milices du GATIA associées au MAA (Mouvement arabe de l’Azawad). L’anarchie qui découle de cette situation profite naturellement aux jihadistes.

Après le nord qui a échappé à l’Etat malien, c’est le centre du pays, l’ancien Macina historique, qui est aujourd’hui en état de quasi sécession. La région est en partie composée du delta intérieur du Niger, immense zone inondée une partie de l’année. Fertiles, les terres exondées sont convoitées à la fois par les agriculteurs Dogon, Songhay ou Bambara, et par les éleveurs Peul.
Or, le Macina, partie centrale du Mali, fut, des décennies durant, à la fois négligé par l’Etat malien et pillé par ses fonctionnaires. Dans les années 2011-2013, la guerre qui se déroulait dans le nord du Mali a permis à ses habitants de chasser ces prédateurs. De retour dans les fourgons de l’armée française, les FDS (Forces de sécurité), à savoir les FAMA (Forces armées maliennes), la police, la gendarmerie et la garde nationale, ont reproché aux Peul d’avoir soutenu les rebelles nordistes. Elles se sont donc vengées, pratiquant des exécutions sommaires, violant les femmes, volant le bétail et rackettant les populations. La réaction des indigènes a fait qu’aujourd’hui, les FDS ont été chassées et sont cantonnées dans quelques postes dont elles ne sortent guère. Les populations sont donc laissées seules aux prises avec les voleurs de bétail, les trafiquants et les jihadistes. Ces derniers offrent leur alliance aux Peul afin de les protéger durant les transhumances. C’est ainsi que fut créé le FLM (Front de libération du Macina).

Le recrutement de certains Peul par les jihadistes est favorisé par le problème social qui se pose au Macina où les individus marginalisés voient dans l’islam jihadiste le moyen d’une revanche contre les aristocraties locales. La démarche est identique à celle des Peul des XVIII° et XIX° siècles qui trouvèrent dans l’islam le levier leur permettant de renverser les autorités locales. En réalité, nous sommes d’abord face à une révolte des « petits » peul voulant l’abolition des droits fonciers traditionnels. Nous sommes en présence d’une forme de jacquerie religieuse, d’un conflit entre peul transhumants et peul sédentarisés, les premiers contestant les droits fonciers des seconds. A cela, s’ajoute la question globale de la rivalité des agriculteurs et des pasteurs. Ces multiples conflits constituent naturellement un terreau favorable aux jihadistes.

Abandonnée, la région échappe donc elle aussi à l’Etat malien. Désemparé et ayant perdu le contrôle du nord et du centre du pays, ce dernier tente de sous-traiter la question à des milices ethniques locales, à l’image de ce qu’il fait au nord avec le colonel Ag Gamou et ses touareg Imghad contre le MNLA.
C’est en ce sens que l’on doit comprendre la création du MDP (Mouvement pour la défense de la patrie) par Hama Founa Diallo, un mouvement armé peul que Bamako tente d’utiliser contre le FLM. C’est également ainsi que nous devons analyser la naissance de plusieurs groupes d’auto-défense bambara ou dogon.

Dans l’état actuel des choses, rien ne semble pouvoir freiner la parcellisation du Mali, son émiettement ethnique et bientôt tribal. Le danger serait donc que les islamistes proposent aux populations le dépassement de ces divisions mortifères dans un califat trans-ethnique qui viendrait les coaguler. »

Bernard Lugan
20/09/2016

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