{"id":2657,"date":"2018-02-04T17:56:57","date_gmt":"2018-02-04T16:56:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.secoursdefrance.com\/?p=2657"},"modified":"2018-02-04T17:56:57","modified_gmt":"2018-02-04T16:56:57","slug":"mali-rester-ou-partir-bernard-lugan-pose-la-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.secoursdefrance.com\/mali-rester-ou-partir-bernard-lugan-pose-la-question\/","title":{"rendered":"Mali: rester ou partir ? Bernard Lugan pose la question"},"content":{"rendered":"<p>La situation du Mali est bien complexe et la pr\u00e9sence de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise qui fut tout \u00e0 fait b\u00e9n\u00e9fique pour emp\u00eacher le chaos et l&rsquo;infection djihadiste, ne peut, \u00e0 elle seule, permettre l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une solution dans l&rsquo;organisation des diff\u00e9rentes populations appel\u00e9es \u00e0 cohabiter sur ce territoire.<\/p>\n<p>Analyse du Professeur Bernard Lugan:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le 11 janvier 2018, au Mali, trois militaires fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s dans un attentat-suicide. Dans le pays, nos forces sont dans une situation complexe car elles sont dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019agir sur les causes d\u2019un conflit ethno-r\u00e9gional, le jihadisme n\u2019\u00e9tant que la surinfection d\u2019une plaie ethnique.<\/p>\n<p>Jour apr\u00e8s jour il appara\u00eet \u00e9galement qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 <strong>la France et le Mali n\u2019ont pas le m\u00eame ennemi<\/strong>. Pour Paris ce sont les jihadistes, alors que pour Bamako ce sont d\u2019abord les Touareg\u2026 Pour le gouvernement malien, les jihadistes ne constituent en effet pas un ennemi existentiel, \u00e0 la diff\u00e9rence des Touareg qui veulent la partition du pays.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, pouvons-nous encore faire semblant de croire que le Mali et la France sont des alli\u00e9s? Pouvons-nous, dans l\u2019\u00e9tat, continuer \u00e0 engager nos soldats dans un combat qui pourrait \u00eatre sans issue puisque les deux arm\u00e9es ne poursuivent pas les m\u00eames buts? N\u2019y a-t-il pas en plus un risque de voir Barkhane plac\u00e9e entre le marteau touareg et l\u2019enclume sudiste tout en \u00e9tant prise de flanc par les jihadistes\u00a0?<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l\u2019\u00e9volution de la situation fait qu\u2019il n\u2019est plus possible d\u2019analyser la question du Mali comme au moment du d\u00e9clenchement de l\u2019Op\u00e9ration Serval, ni m\u00eame lors de la bascule avec Barkhane. C\u2019est donc toute la question de la forme de notre engagement qui doit \u00eatre analys\u00e9e et peut-\u00eatre revue.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme la <em>doxa,<\/em> au Mali, nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une plaie ethno-raciale surinfect\u00e9e par l\u2019islamisme radical. A l\u2019origine du conflit se trouve en effet l\u2019impossibilit\u00e9 de faire vivre dans un m\u00eame Etat les agriculteurs noirs s\u00e9dentaires du sud et les nomades berb\u00e8res ou arabes du nord\u00a0en raison d\u2019un contentieux qui les oppose depuis la nuit des temps. Or, au nom de l\u2019universalisme niant le poids des identit\u00e9s et des ethnies, la communaut\u00e9 internationale (lire l\u2019Europe et les Etats-Unis) refuse d\u2019admettre cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Au Mali, nous sommes face \u00e0 six grands probl\u00e8mes[1]\u00a0:<\/p>\n<p>1) Le premier est inscrit dans la longue dur\u00e9e. Depuis le n\u00e9olithique, sudistes et nordistes sont ainsi en rivalit\u00e9 pour le contr\u00f4le des zones interm\u00e9diaires situ\u00e9es entre le d\u00e9sert du nord et les savanes du sud. En plus d\u2019\u00eatre ethno-raciale leur opposition est traditionnellement li\u00e9e \u00e0 deux modes de vie diff\u00e9rents, contradictoires et concurrents. Celui des nordistes \u00e9tait bas\u00e9 sur la transhumance des troupeaux et il avait pour imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 la libert\u00e9 d\u2019acc\u00e8s au fleuve, quand celui des sudistes \u00e9tait fond\u00e9 sur la s\u00e9dentarisation, l\u2019agriculture et les villages.<\/p>\n<p>En plus de cela, les souvenirs li\u00e9s \u00e0 la p\u00e9riode de la traite des esclaves sont plus que pr\u00e9gnants car les sudistes n\u2019ont pas oubli\u00e9 que, durant des si\u00e8cles, leurs anc\u00eatres furent la proie des razzieurs nordistes.<\/p>\n<p>2) Le second tient au fait que l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et les forces internationales n\u2019ont pas le m\u00eame ennemi que l\u2019Etat malien. Pour les premi\u00e8res, il est islamiste alors que pour le second, il est repr\u00e9sent\u00e9 par les s\u00e9paratistes touareg. Voil\u00e0 pourquoi Bamako refuse toute v\u00e9ritable n\u00e9gociation avec ces derniers.<\/p>\n<p>3) Les deux premiers probl\u00e8mes s\u2019inscrivent sur un fond de trafic car c\u2019est sur les r\u00e9seaux de la contrebande que se sont originellement greff\u00e9s les jihadistes repli\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie. Or, ce que nous baptisons \u00ab\u00a0trafic\u00a0\u00bb \u00e0 travers notre lecture europ\u00e9o centr\u00e9e est la continuation moderne du commerce traditionnel transsaharien qui fait vivre les populations \u00e0 travers des routes trans-ethniques mill\u00e9naires. Nous y attaquer multiplie nos adversaires et fragilise nos axes de communication car, bien que se combattant, les groupes arm\u00e9s sont tous impliqu\u00e9s \u00e0 des degr\u00e9s divers dans cette activit\u00e9.<\/p>\n<p>4) Le quatri\u00e8me d\u00e9coule du r\u00f4le de l\u2019Alg\u00e9rie dont la constante est de garder le contr\u00f4le de ses propres Touareg, ce qui passe par une influence directe ou indirecte sur les mouvements maliens. Voil\u00e0 pourquoi, au Mali, Alger appuie tous les mouvements pr\u00f4nant arabit\u00e9 et islamisme afin de contrer l\u2019\u00e9l\u00e9ment berb\u00e8re de l\u2019irr\u00e9dentisme nordiste. Voil\u00e0 \u00e9galement pourquoi Alger a soutenu le Mujao salafiste qui recrutait dans les camps du Polisario et dont la mission \u00e9tait d\u2019affaiblir le MNLA touareg. Voil\u00e0 enfin pourquoi une des cl\u00e9s de la question se trouvant \u00e0 Alger, plus la situation se d\u00e9t\u00e9riorera, et plus l\u2019Alg\u00e9rie jouera un r\u00f4le dans les tentatives de r\u00e8glement du conflit comme elle l\u2019a toujours fait par le pass\u00e9. Et elle le fera \u00e0 travers ses \u00ab\u00a0agents\u00a0\u00bb. Nous verrons alors probablement r\u00e9appara\u00eetre au grand jour un homme comme Iyad ag Ghali\u2026<\/p>\n<p>5) Le cinqui\u00e8me concerne les accords de paix qui, p\u00e9riodiquement, et cela depuis la d\u00e9cennie 1980, sont destin\u00e9s \u00e0 mettre un terme \u00e0 des combats que les sudistes ne peuvent gagner, mais non \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de fond.<\/p>\n<p>6) Le sixi\u00e8me est celui pos\u00e9 par une d\u00e9mographie suicidaire qui interdit tout d\u00e9veloppement car elle va plus vite que ce dernier.<\/p>\n<p>Ces six points \u00e9tant mis en \u00e9vidence, revenons \u00e0 la chronologie imm\u00e9diate qui permet de comprendre l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e8nements\u00a0:<\/p>\n<p>Au Mali, deux guerres \u00e9clat\u00e8rent en 2012\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; La premi\u00e8re qui concernait les seuls Touareg \u00e9tait men\u00e9e par le MNLA (Mouvement national de lib\u00e9ration de l\u2019Azawad) dont le but \u00e9tait l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Azawad, la \u00ab\u00a0terre touareg\u00a0\u00bb, ce qui passait par la partition du Mali.<\/p>\n<p>&#8211; La seconde \u00e9tait le fait d\u2019un mouvement islamiste du nom d\u2019<em>Ansar Dine<\/em> dont l\u2019objectif, totalement diff\u00e9rent, n\u2019\u00e9tait pas la partition du Mali, mais l\u2019instauration de la loi islamique, la<em>Charia, <\/em>dans tout le pays<em>. <\/em>Dirig\u00e9 par un v\u00e9t\u00e9ran des insurrections touareg, Iyad ag Ghali, un Ifora, tribu qui fournissait l\u2019essentiel des troupes du MNLA, <em>Ansar Dine <\/em>\u00e9tait essentiellement compos\u00e9 de sah\u00e9liens de diverses ethnies, notamment d\u2019Arabes sahariens comme les Chaamba, les Reguibat ou encore les Maures.<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;<em>Op\u00e9ration Serval<\/em> qui d\u00e9buta au mois de janvier 2013 chassa <em>Ansar Dine<\/em> du nord Mali o\u00f9 le MNLA annon\u00e7a clairement qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas question que l&rsquo;arm\u00e9e malienne revienne dans les fourgons des forces fran\u00e7aises. Or, au mois de janvier 2014, les forces de Bamako tent\u00e8rent de reprendre pied dans le nord, mais elles furent battues par les Touareg du MNLA, rejoints par certains groupes arabes appartenant au MAA (Mouvement arabe de l\u2019Azawad). Les diverses composantes touareg se sont ensuite r\u00e9unies dans la CMA (Coordination des mouvements de l&rsquo;Azawad), qui engerbe le MNLA (Mouvement national de lib\u00e9ration de l\u2019Azawad) et le HCUA (Haut conseil pour l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Azawad) vitrine des Touareg Iforas.<\/p>\n<p>&#8211; Conscientes que leur arm\u00e9e ne parviendrait pas \u00e0 vaincre le MNLA, les autorit\u00e9s maliennes d\u00e9cid\u00e8rent de diviser les Touareg en agissant \u00e0 travers les milices du GATIA (Groupe d\u2019autod\u00e9fense Touareg-Imghad et alli\u00e9s), bras arm\u00e9 des Imghag (anciens tributaires des Touareg), associ\u00e9s \u00e0 certaines factions du MAA (Mouvement arabe de l&rsquo;Azawad).<\/p>\n<p>&#8211; Le 23 mai 2014 furent sign\u00e9s les \u00ab\u00a0accords de paix de Kidal\u00a0\u00bb sous les auspices de l&rsquo;Union africaine et de la Mauritanie. Un processus de paix sembla alors s&rsquo;engager dont le terme fut fix\u00e9 au 15 mai 2015, date pr\u00e9vue pour la conclusion d&rsquo;un accord global \u00e0 Bamako. Or, le 28 avril 2015, le GATIA prit M\u00e9naka, une ville de l&rsquo;Azawad d&rsquo;o\u00f9 le MNLA fut chass\u00e9. En r\u00e9action, les forces du CMA lanc\u00e8rent des op\u00e9rations \u00e0 L\u00e9r\u00e9 et \u00e0 Tombouctou.<\/p>\n<p>&#8211; Afin de tenter de maintenir en vie le processus de paix, l&rsquo;ONU voulut alors organiser une ultime r\u00e9union \u00e0 Alger. Or, le CMA consid\u00e9rait qu\u2019elle soutenait ses adversaires puisque le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 lui avait intim\u00e9 l&rsquo;ordre de signer les accords de paix alors que le GATIA qui op\u00e9rait pour le compte du gouvernement malien avait rompu la tr\u00eave en vigueur depuis les \u00ab\u00a0accords de Kidal\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Finalement, hautement m\u00e9diatis\u00e9 \u00ab\u00a0L\u2019accord pour la paix et la r\u00e9conciliation au Mali\u00a0\u00bb fut sign\u00e9 \u00e0 Alger aux mois de mai et juin 2015.<\/p>\n<p><strong>Un processus politique au point mort<\/strong><\/p>\n<p>Depuis la signature de ces accords, le processus de paix est au point mort. Trois principales raisons expliquent ce blocage\u00a0:<\/p>\n<p>1) Face au socle des r\u00e9alit\u00e9s, la d\u00e9mocratie occidentale pr\u00e9tend faire vivre ensemble et dans un m\u00eame Etat, les agriculteurs noirs s\u00e9dentaires du sud et les nomades berb\u00e8res ou arabes du nord alors que, et nous l\u2019avons vu, le contentieux qui les oppose s\u2019inscrit dans la nuit des temps.<\/p>\n<p>2) Pour de nombreux Maliens, les accords de paix d\u2019Alger font la part trop belle aux revendications des nordistes car, selon eux, ils consacrent la partition du Mali. Comme ces accords ne peuvent \u00eatre appliqu\u00e9s dans le nord, ils consid\u00e8rent donc que la preuve est donn\u00e9e qu\u2019il est impossible de s\u2019entendre avec les nordistes. Toujours selon les sudistes, ces accords ont \u00e9t\u00e9 conclus contre l\u2019int\u00e9r\u00eat du Mali, sous la pression de l\u2019Alg\u00e9rie qui, pour des raisons internes tenant \u00e0 la stabilit\u00e9 de sa zone touareg aurait favoris\u00e9 les rebelles maliens.<\/p>\n<p>3) A ces oppositions nord-sud s\u2019ajoute un conflit interne au nord. Dans la r\u00e9gion de Kidal, le Gatia s\u2019oppose ainsi \u00e0 la CMA. Entre ces deux groupes arm\u00e9s constitu\u00e9s sur des bases ethno-claniques, la lutte est clairement ouverte pour la domination de la r\u00e9gion qui est la plaque tournante des trafics d\u2019armes et de drogue. Les affrontements y sont r\u00e9guliers, comme celui qui a eu lieu \u00e0 An\u00e9fis, au sud-ouest de Kidal, le 11 juillet 2017, et qui a fait plusieurs morts.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la situation malienne, deux options politiques sont possibles\u00a0:<\/p>\n<p><strong>1) Laisser la longue histoire reprend son d\u00e9roul\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Une telle option conduirait \u00e0 reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 qui est\u00a0que les Touareg ne veulent plus \u00eatre soumis aux Noirs du sud. Dans ce cas, le fait accompli s\u00e9paratiste devrait \u00eatre ent\u00e9rin\u00e9, soit sous une forme radicale, \u00e0 savoir l\u2019ind\u00e9pendance, soit sous une forme \u00ab\u00a0acclimat\u00e9e\u00a0\u00bb comme le conf\u00e9d\u00e9ralisme. Or, une telle politique se heurterait \u00e0 quatre principaux obstacles:<\/p>\n<p>&#8211; Un risque de contagion au Niger.<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019Alg\u00e9rie n\u2019acceptera jamais que se constitue sur sa fronti\u00e8re sud un Etat touareg.<\/p>\n<p>&#8211; Le nord Mali n\u2019est qu\u2019en partie peupl\u00e9 de Touareg. Il existe en r\u00e9alit\u00e9 trois Azawad, celui de l\u2019ouest qui est Maure, celui de l\u2019est qui est Touareg et celui du fleuve qui est composite. Il ne peut donc \u00eatre question de reconna\u00eetre aux seuls Touareg la possession de la totalit\u00e9 de l\u2019Azawad. La solution qui pourrait alors \u00eatre envisag\u00e9e serait celle d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration de l\u2019Azawad compos\u00e9e de trois r\u00e9gions ethno g\u00e9ographiques \u00e0 savoir\u00a0: la partie sud, le long du Niger, notamment peupl\u00e9e par des Songhay et des Peul\u00a0; la partie nord autour de Kidal, territoire des Touareg et l\u2019ouest saharien \u00ab\u00a0arabe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Les Touareg sont extr\u00eamement divis\u00e9s, tant socialement que politiquement et g\u00e9ographiquement. Au nord, la fragmentation qui leur est consubstantielle est \u00e0 base clanique. Apr\u00e8s une phase d\u2019unit\u00e9 autour du MNLA (Mouvement national de lib\u00e9ration de l\u2019Azawad), l\u2019actuel d\u00e9litement s\u2019explique largement par la volont\u00e9 de contr\u00f4ler les routes du trafic qui passent par le nord du Mali. Parmi les milices et organisations ethno-tribales nordistes nous devons distinguer celles qui d\u00e9pendent des Touareg ifora comme le MNLA, le HCUA (Haut conseil pour l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Azawad et la CMA (Coordination des mouvements de l\u2019Azawad). Parmi celles qui sont les bras arm\u00e9s des autres tribus, nous pouvons identifier le FPA (Front populaire de l\u2019Azawad) qui est le mouvement des Chamanamass, le CJA (Congr\u00e8s pour la justice dans l\u2019Azawad), \u00e9manation des Touareg Kel Ansar et le MSA (Mouvement pour le salut de l\u2019Azawad) qui regroupe les Touareg Dawssahak.<\/p>\n<p>&#8211; Repenser en profondeur l\u2019organisation politique du Mali sur base d\u2019un v\u00e9ritable f\u00e9d\u00e9ralisme ou d\u2019un conf\u00e9d\u00e9ralisme n\u00e9cessiterait \u00e9galement que le pouvoir de Bamako admette que le Mali \u00ab\u00a0unitaire\u00a0\u00bb n\u2019existera jamais plus. Il n\u2019a d\u2019ailleurs jamais exist\u00e9. Or, comment faire admettre cette r\u00e9volution constitutionnelle \u00e0 des sudistes repr\u00e9sentant 90% de la population et qui sont donc ethno-math\u00e9matiquement parlant, fond\u00e9s \u00e0 refuser toute concession \u00e0 des minorit\u00e9s ethno-\u00e9lectorales\u00a0?<\/p>\n<p><strong>2) R\u00e9affirmer le principe de l\u2019intangibilit\u00e9 des fronti\u00e8res issues de la d\u00e9colonisation<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est cette seconde option passant par la reconstitution de la fiction d\u2019Etat malien qui a \u00e9t\u00e9 suivie apr\u00e8s la reconqu\u00eate des villes du nord par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, \u00e0 travers la fausse solution d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019<u>Op\u00e9ration Serval<\/u> rien n\u2019a en effet \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 quant \u00e0 la n\u00e9cessaire r\u00e9organisation administrative du Mali. Tout au contraire, au nom du mythe universaliste du \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb, la seule solution propos\u00e9e fut \u00e9lectorale. L\u2019exp\u00e9rience a pourtant montr\u00e9 que les \u00e9lections n\u2019ont jamais trait\u00e9 en profondeur les causes des affrontements ethniques\u00a0car elles n\u2019effacent pas plus les r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9o-ethnographiques que la pluie les rayures des z\u00e8bres.<\/p>\n<p>Mais il y a encore plus grave\u00a0: l\u2019ethno-math\u00e9matique \u00e9lectorale confirmant \u00e0 chaque fois la domination d\u00e9mographique, donc d\u00e9mocratique, des plus nombreux, les ressentiments des peuples minoritaires en sont aggrav\u00e9s. R\u00e9sultat\u00a0: le feu qui couve se rallume p\u00e9riodiquement\u00a0; voil\u00e0 pourquoi les \u00e9lections n\u2019ont pas r\u00e9gl\u00e9 le probl\u00e8me nord-sud. Tout au contraire, l\u00e9gitim\u00e9s par le scrutin, les politiciens sudistes refusent de prendre en compte les revendications nordistes.<\/p>\n<p>Tous les \u00ab\u00a0ingr\u00e9dients\u00a0\u00bb du conflit demeurent donc, et seule la pr\u00e9sence militaire fran\u00e7aise emp\u00eache un nouvel embrasement.<\/p>\n<p><strong>Une arm\u00e9e fran\u00e7aise condamn\u00e9e \u00e0 rester et qui, t\u00f4t ou tard, sera prise entre le marteau nordiste et l\u2019enclume sudiste<\/strong><\/p>\n<p>Nos Arm\u00e9es sont donc condamn\u00e9es \u00e0 rester au Mali pour s\u2019interposer entre Touareg et sudistes dans des missions sans fin et sans issue\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Sans fin parce que, si les forces fran\u00e7aises se retiraient, les massacres reprendraient et la France serait alors accus\u00e9e de n\u2019avoir rien fait pour y mettre un terme.<\/p>\n<p>&#8211; Sans issue parce que, au lieu de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des solutions fond\u00e9es sur le r\u00e9el, \u00e0 savoir la s\u00e9paration des bellig\u00e9rants dans un cadre \u00e0 d\u00e9finir, f\u00e9d\u00e9ral, conf\u00e9d\u00e9ral ou autre, la France n\u2019a dans l\u2019imm\u00e9diat que le rem\u00e8de \u00e9lectoral \u00e0 proposer et pour le moyen terme les nu\u00e9es d\u2019un impossible d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Cinq ans apr\u00e8s le lancement de l\u2019Op\u00e9ration Serval au mois de janvier 2013, la forte augmentation des actions arm\u00e9es ainsi que leur extension dans la partie centrale du Mali ne doivent pas faire perdre de vue qu\u2019avec les faibles moyens dont ils disposent, les hommes de Barkhane ont r\u00e9ussi \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; perturber les mouvements terroristes,<\/p>\n<p>&#8211; limiter leur libert\u00e9 d\u2019action,<\/p>\n<p>&#8211; emp\u00eacher leur coagulation<\/p>\n<p>&#8211; prot\u00e9ger la r\u00e9gion du lac Tchad, pivot r\u00e9gional.<\/p>\n<p>&#8211; rendu la plus herm\u00e9tique possible la fronti\u00e8re entre la Libye et le Niger, \u00e9vitant ainsi le r\u00e9ensemencement du jihadisme sah\u00e9lien \u00e0 partir de la Libye.<\/p>\n<p>L\u2019immense zone saharo-sah\u00e9lo-guin\u00e9enne ne pourra cependant jamais \u00eatre pacifi\u00e9e sans un v\u00e9ritable quadrillage hors de nos moyens et inenvisageable politiquement. De plus, m\u00eame \u00e0 supposer que nous puissions couvrir toute cette vaste r\u00e9gion, nous ne contr\u00f4lerions pas pour autant l\u2019Alg\u00e9rie, la Libye et le Nigeria d\u2019o\u00f9 pourraient \u00eatre lanc\u00e9es des actions terroristes.<\/p>\n<p>Le G5 Sahel est-il alors la solution\u00a0? On peut l\u00e9gitimement en douter car, l\u00e0 encore, il ne traitera pas les causes du conflit. De plus, comment pr\u00e9tendre mettre en place une force militaire transfrontali\u00e8re quand les cinq pays partenaires (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), n\u2019ont pas les m\u00eames priorit\u00e9s s\u00e9curitaires et ne disposent pas des moyens d\u2019assurer son co\u00fbt estim\u00e9 \u00e0 400 millions d\u2019euros par an\u00a0; m\u00eame si l\u2019UE a promis une contribution de 50 millions d\u2019euros plus une contribution fran\u00e7aise de 8 millions d\u2019euros. Pyromane subitement devenue pompier, l\u2019Arabie saoudite a quant \u00e0 elle promis de participer \u00e0 son financement.<\/p>\n<p>Dans ce sombre tableau, un \u00e9l\u00e9ment positif appara\u00eet de plus en plus, celui des limites de l\u2019ennemi jihadiste qui se trouve face \u00e0 une grande contradiction. Son islam qui se veut universel, n\u2019a en effet pas r\u00e9ussi \u00e0 ce jour \u00e0 transcender les ethnies. Tout au contraire puisque, face \u00e0 l\u2019\u00e9chec de son projet universaliste, il s\u2019est vu contraint de prendre appui sur elles.<\/p>\n<p>Par le pass\u00e9 les jihads r\u00e9gionaux furent port\u00e9s par une ethnie, en l\u2019occurrence les Peul dont le mouvement s\u2019est r\u00e9pandu comme une train\u00e9e de poudre \u00e0 travers des espaces ouverts. Aujourd\u2019hui, la situation est diff\u00e9rente car tout mouvement r\u00e9volutionnaire de grande ampleur est frein\u00e9 par l\u2019existence des fronti\u00e8res, m\u00eame quand elles sont th\u00e9oriques par artificialit\u00e9. La question qui se pose est donc d\u00e9sormais de savoir si l\u2019addition des revendications ethniques particuli\u00e8res et contradictoires que soutiennent les islamistes, peut d\u00e9boucher sur un engerbage au sein d\u2019un califat trans-ethnique et donc sur un vaste mouvement islamiste r\u00e9gional de type jihadiste \u00e0 l\u2019image de ce que le Sahel a connu aux XVIII<sup>e<\/sup> et XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Les exemples de la Libye et du Nigeria semblent indiquer le contraire. Quant au Mali<\/p>\n<p>le ph\u00e9nom\u00e8ne jihadiste y a d\u00e9bouch\u00e9 sur la parcellisation du pays \u00e0 travers un \u00e9miettement impressionnant puisque les islamistes soutiennent chacune des revendications ethno-tribales contradictoires les-unes aux autres.<\/p>\n<p>L\u2019exemple des Peul du Macina illustre clairement mon propos. Dans cette partie centrale du Mali, le recrutement de certains Peul par les jihadistes est favoris\u00e9 par le probl\u00e8me social dans la mesure o\u00f9 des individus marginalis\u00e9s voient dans l\u2019islam jihadiste le moyen d\u2019une revanche sur les aristocraties locales.<\/p>\n<p>L\u2019exemple du Macina se retrouve ailleurs. Ainsi dans la zone frontali\u00e8re entre le Niger et le Mali, et plus largement vers Menaka, les Peul Daoussak (Daoussahak ou Dawasak), traditionnellement bergers des Touareg Ouelleminden Kel Ataram auxquels ils sont int\u00e9gr\u00e9s, s\u2019opposent aux Peul de Tillabery. En 2012, ces derniers avaient rejoint le Mujao pour mieux combattre les Daoussak avec lesquels, depuis la nuit des temps, ils sont en concurrence pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau et aux p\u00e2turages. Aujourd\u2019hui, les Peul de Tillab\u00e9ry ont migr\u00e9 du Niger au Mali, vers Menaka, d\u2019o\u00f9 des tensions avec les Daoussak de M\u00e9naka.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Rester ou partir\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u>Plusieurs points doivent \u00eatre rappel\u00e9s qui conditionnent le futur de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale\u00a0et la p\u00e9rennit\u00e9 de notre engagement\u00a0:<\/p>\n<p>1) Comme le Mali et la France n\u2019ont pas le m\u00eame ennemi, allons-nous encore longtemps laisser croire que nous sommes alli\u00e9s et continuer \u00e0 faire tuer nos soldats dans des missions par d\u00e9finition sans issue ?<\/p>\n<p>2) Rien ne sera r\u00e9gl\u00e9 pour l\u2019avenir si une profonde r\u00e9vision constitutionnelle n\u2019est pas entreprise permettant aux nordistes de ne plus \u00eatre soumis aux sudistes en raison de l\u2019ethno-math\u00e9matique \u00e9lectorale. Or, de cela, nous avons vu que le Mali ne veut pas.<\/p>\n<p>3) Pr\u00e9tendre d\u00e9velopper le Mali relevant peut-\u00eatre encore davantage de l\u2019escroquerie intellectuelle que de la m\u00e9thode Cou\u00e9, tous les param\u00e8tres de d\u00e9sint\u00e9gration sociale sont donc en place pour les d\u00e9cennies \u00e0 venir.<\/p>\n<p>4) En d\u00e9pit d\u2019actions violentes et meurtri\u00e8res, le jihadisme stagne. Or, le non r\u00e8glement de la question nord-sud lui permet de maintenir des foyers d\u2019infection qui pourraient lui permettre de d\u00e9clencher une septic\u00e9mie sah\u00e9lienne.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, devons-nous rester en red\u00e9finissant nos missions, ou bien partir en laissant se d\u00e9velopper le chaos\u00a0? Le pr\u00e9sident Macron devra immanquablement, et cela t\u00f4t ou tard, se poser cette question.<\/p>\n<p><strong>Bernard Lugan<\/strong><\/p>\n<p>13\/01\/2018<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 \u00ab\u00a0L&rsquo;Afrique R\u00e9elle\u00a0\u00bb ou vous procurer les ouvrage de Bernard Lugan vous rendre sur le site: <cite class=\"_Rm\">bernardlugan.blogspot.com\/<\/cite><\/p>\n<div class=\"action-menu ab_ctl\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La situation du Mali est bien complexe et la pr\u00e9sence de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise qui fut tout \u00e0 fait b\u00e9n\u00e9fique pour emp\u00eacher le chaos et l&rsquo;infection djihadiste, ne peut, \u00e0 elle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":15,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[334,320,318],"tags":[],"class_list":["post-2657","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-du-monde","category-afrique","category-notre-pays","entry"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.8 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Mali: rester ou partir ? 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